Stéphane Beau
2006
L'article qui suit est paru sur le
site Calle Luna en mars 2006. Depuis quelques temps, il n'est plus
disponible dans sa version intégrale sur ce site (toute la fin
manque). Nous le proposons donc ici dans son
intégralité.
*
Politique de Georges
Palante : un Esprit libre dans la mêlée
Il y a un peu plus de quatre-vingts ans
de cela, le philosophe Georges Palante (1862-1925) se suicidait dans
sa petite maison d'Hillion, à quelques kilomètres de
Saint-Brieuc. Redécouvert par Michel Onfray qui lui consacre,
en 1989, son premier livre (1) le penseur briochin, ardent
défenseur de l'individualisme, tend petit à petit
à retrouver une place de moins en moins confidentielle dans le
monde de la philosophie (2). Et ce n'est que justice car loin
d'être obsolète la pensée de Palante et son
combat pour l'individu sont encore, très clairement,
d'actualité.
Au niveau politique, Palante
possède cette particularité troublante d'être
revendiqué comme étant proche de leurs idées par
des personnes provenant de tous les horizons : " de l'extrême
droite nationaliste à l'extrême gauche anarchiste en
passant par la droite conservatrice ou la gauche socialiste " (Hurel,
1991, p.33). Et il est vrai qu'il n'est pas toujours facile d'y voir
clair dans sa pensée politique qui oscille effectivement entre
aristocratisme et socialisme, individualisme et patriotisme ou
libéralisme et anarchisme. Si l'on ajoute à cela une
pointe d'antisémitisme et des sympathies pour des
personnalités aussi diverses que celles de Nietzsche,
Jaurès, Gobineau, Clemenceau, Proudhon, Seillière,
Ryner, De Gaultier, Vacher de Lapouge etc., la tentation est forte de
jeter l'anathème sur ce qui semble n'être qu'un
désespérant tissu de contradictions.
Malgré cela, nous posons
l'hypothèse qu'une véritable réflexion sur la
pensée politique de Palante doit pouvoir dépasser le
simple constat de ces contradictions.
Patrick Hurel, dans son étude
sur Palante et la question politique, note naturellement que " la
pensée politique de Palante manque, c'est évident, de
systématicité, voire de cohérence " (Hurel,
1991, p.32). Il s'attache néanmoins à définir
une certaine logique évolutive dans les errances
idéologiques du philosophe breton. Partant du principe que "
les jeunes libertaires font les vieux libéraux " (p.32), il
s'efforce de démontrer que, au-delà des contradictions
de détail, le parcours politique de Palante peut être au
moins divisé en deux stades : une jeunesse marquée par
un certain attachement à des valeurs libertaires de gauche,
ouverte au changement et au progrès, et une vieillesse plus
sensible aux idéologies réactionnaires, au
libéralisme, au patriotisme, voire à
l'antisémitisme.
C'est cette idée de progression
vers le pire, dans la pensée politique de Palante, que nous
allons mettre en discussion dans cet article en reprenant
successivement, dans le détail, la nature réelle des
rapports entretenus par Palante avec les grands courants
idéologiques que sont : le socialisme, l'anarchisme et le
libéralisme.
Palante et le socialisme
Michel Onfray a décrit Palante
comme étant un " nietzschéen de gauche ". La formule
est belle et elle n'est pas forcément fausse… ni vraie
d'ailleurs. La réalité est, comme souvent, plus
complexe.
Nous savons que le " jeune Palante "
(avant 1900) suit de très près l'évolution des
idées socialistes. A la lecture de sa préface du livre
de Ziegler, La question sociale est une question morale (3),
rédigée en 1893, il apparaît de manière
évidente qu'il ne découvre pas son sujet, mais qu'il
est déjà très au fait des débats qui
opposent les différents courants et les différents
leaders du socialisme : Bebel, Liebknecht, Lassalle, Engels mais
aussi Marx.
Très vite, en fait, Palante pose
un regard critique sur le socialisme. Celui-ci lui convient dans la
mesure où " il se propose l'émancipation
économique de l'individu et veut l'arracher aux
étreintes du capitalisme ", et au-delà, quand " il veut
détruire non seulement le capitalisme comme régime
économique, mais les institutions et fondations sociales qui
sont les conséquences de ce régime : le droit
capitalistique et bourgeois qui nous régit, la morale
propriétaire et bourgeoise faite dans un intérêt
de classe et oppressive à l'individu " (Palante, 1901,
p.175).
Il se sent alors proche d'un
Jaurès qui professe que : " Quelle que soit la tendance de
l'homme nouveau, à s'agrandir de toute la vie humaine et de
toute la vie du monde, c'est l'individu qui restera toujours à
lui-même sa règle " (Jaurès, 1898).
Par contre, s'il accorde quelque
crédit au socialisme en tant que programme de lutte contre
l'oppression, il ne se fait aucune illusion quant à la nature
d'un éventuel " socialisme d'État ". En 1902, dans un
article publié par La Plume, il écrit : " Toute
doctrine politique, si généreuse qu'elle soit dans les
apparences et même dans l'intention, du jour où elle
arrive au pouvoir, où elle se convertit en un système
de gouvernement, se convertit par là même en un
système de mensonge " (Palante, 1902).
Pour lui, les dérives d'un
éventuel État socialiste sont inévitables. Parmi
elles, "La manie probable d'administration et de
réglementation à outrance ; la prétention accrue
de la société au droit de contrôler
l'activité des individus, l'omnipotence de plus en plus grande
de l'opinion qui deviendrait dans le régime socialiste la
principale sanction morale " (Palante, 1902).
Concrètement, dès 1893,
Palante est persuadé que le principe même d'un "
socialisme d'État serait une nouvelle forme de tyrannie "
(Palante, 1893, p.XII). Affichant sans ambiguïté son
opposition au marxisme, il précise : " Dans la donnée
marxiste le socialisme d'État est un régime aussi
odieux que le régime actuel. Il ne faut pas l'appeler
socialisme d'État, mais capitalisme d'État
(Liebknecht), attendu qu'il veut concentrer tout le capital entre les
mains de l'État pour perpétuer l'écrasement
d'une classe par l'autre et pour " imposer à la
démocratie le double joug de l'exploitation économique
et de l'esclavage politique ". (Proposition Liebknecht.). (Palante,
1893, p.IX).
Il refuse également
catégoriquement d'accorder une quelconque valeur à la
notion de classe : " De tout temps on a appelé lutte de
classes la lutte des riches et des pauvres. Mais pour ne voir que
cela dans l'idée de classe, il faut la volontaire absence de
psychologie sociale où s'arrêtent les marxistes. […] La
division entre riches et pauvres, propriétaires et
prolétaires est trop simpliste. L'idée de classe
représente dans les groupes humains un principe de division
à l'infini. […] La bourgeoisie ne forme pas le bloc qu'on se
représente quelquefois. Là aussi il y a des divisions
et des subdivisions " (Palante, 1893).
A partir de 1901, Palante se rend
compte que l'idéal socialiste tel qu'il se le
représente, c'est-à-dire prônant
l'émergence d'un modèle de société
offrant le maximum de libertés à tous les individus ne
dépassera jamais le stade de l'idéal.
En 1904, à l'occasion de la
parution de Combat pour l'Individu, volume regroupant ses premiers
articles parus en revues, il coupe même la fin d'un article
intitulé L'esprit administratif (paru pour la 1ère fois
en 1900 dans la Revue Socialiste). Avec le recul, ses conclusions
plutôt optimismes à l'égard d'un éventuel
État socialiste lui apparaissent " utopiques " (Palante,
1904).
En 1922, parlant de l'époque de
la parution de son Précis de Sociologie (1901), il se rappelle
: "J'étais alors beaucoup plus " socialiste " que je ne suis
aujourd'hui…" (4).
Ces derniers éléments
semblent accréditer l'hypothèse d'une évolution
de Palante vers un refus de plus en plus marqué du socialisme.
Cette hypothèse se heurte pourtant à différentes
données qui tendent à l'invalider.
En effet, si l'on y regarde de
près, on constate que le discours de Palante à
l'égard de l'idéologie socialiste n'a guère
variée dans le temps. Il a cru un temps que le socialisme
pourrait permettre la libération des individus. Mais il a
rapidement pressenti que l'instauration d'un État socialiste
n'apporterait finalement rien d'autre qu'une nouvelle forme
d'oppression des individus. Dans l'ensemble de ses écrits, les
jugements qu'il porte sur le socialisme restent toujours dans la
même logique : dénonciation des dérives
inhérentes aux applications politiques du socialisme,
condamnation du marxisme et du socialisme d'État etc.
Ainsi, l'évolution de Palante
par rapport au socialisme, si évolution il y a, porte en tout
cas moins sur la nature de sa propre vision de ce que devrait
être le socialisme que sur la manière dont cette
doctrine a peu à peu perdu de vue ses aspirations
individualistes pour s'enfermer de plus en plus dans une approche de
plus en plus collectiviste.
De plus, dire qu'après 1904,
Palante a définitivement tourné la page du socialisme
n'a pas vraiment de sens. Comment expliquer alors qu'un homme qui a
tracé une croix sur son intérêt pour le
socialisme continue à écumer les débats
politiques publics et les " réunions de syndiqués " (5)
? Comment expliquer que, dans Du nouveau en politique! Des
problèmes nouveaux! Des partis nouveaux! Des hommes nouveaux!,
petit livre écrit en 1919 à l'occasion des
élections municipales, Palante propose, dans son programme
l'émergence " d'initiatives locales de socialisme municipal "
? (Palante, 1919)
Et enfin, rappelons que lorsqu'il se
présente aux élections municipales à
Saint-Brieuc en 1908 puis en 1919, c'est bien sur une liste
socialiste que son nom apparaît.
D'ailleurs, que Palante ait
été socialiste on non importe peu finalement. La
question qui compte est celle-ci : Palante était-il un homme
de gauche ? Pour Michel Onfray, qui voit en lui un " anti-marxiste de
gauche " la réponse ne fait aucun doute (Onfray, 1990,
p.9).
Cet ancrage à gauche de Palante
pose néanmoins question. Comment peut-on être de gauche
lorsque l'on ne reconnaît quasiment aucune valeur au
socialisme, au communisme, au marxisme, au syndicalisme etc. Plus
encore, comment peut-on revendiquer son attachement à la
gauche quand, comme le fait justement remarquer Patrick Hurel, on ne
se reconnaît dans aucun des grands principes historiques de la
gauche (La référence à la République,
issue de la Révolution française, La
référence à la démocratie
représentative et parlementaire, L'anticléricalisme,
L'antimilitarisme) (Hurel, 1991)
Cette réflexion nous
entraîne bien au-delà du cas particulier de Georges
Palante car qui, aujourd'hui, peut dire avec certitude ce que
signifie " être de gauche " ? Quels critères retenir, en
cette aube du 21e siècle où, de l'extrême droite
à l'extrême gauche, tout le monde se dispute le monopole
du cœur, et où il est de bon ton de se soucier de la " France
d'en bas " et des méfaits de la " Fracture sociale " ?
Pour Michel Onfray, Palante est de
gauche " parce qu'il s'est toujours proposé de penser le
concret, le réel immédiat " (Onfray, 1990, p.9). La
proposition est intéressante, mais insuffisante. En effet, en
l'état, cette définition convient tout aussi bien
à n'importe quel golden boy boursicoteur, dénué
de tout scrupule et uniquement intéressé par son profit
immédiat.
Dans sa Politique du Rebelle, Michel
Onfray affine sa définition. Ce qui caractérise selon
lui la conscience de gauche, " c'est cette invincible colère
assimilable à un genre de foudre, une sorte de tonnerre, une
gerbe d'éclairs destinés au monde quand il se
complaît dans la fatalité à l'endroit des
misères, des exploitations et des servitudes " (Onfray, 1997,
p.136).
C'est une sympathie naturelle pour "
les exclus, les démunis, les exploités, les
miséreux, les pauvres, les damnés, les esclaves, les
oubliés d'une machine qui produit des richesses et des biens
en quantité monstrueuse partagés par quelques-uns au
détriment de ceux qu'elle n'oublie pas et qu'elle entend
défendre " (Onfray, 1997, p.139).
Si l'on envisage la conscience de
gauche sous cet angle, nul doute que Palante peut se prévaloir
d'appartenir à cette grande famille. De 1899, dans son premier
article, où il affirme sa proximité avec " les faibles,
les inhabiles à se pousser dans le monde, les mauvais
figurants de la comédie sociale " (Palante, 1899b), à
1919 où il s'élève contre " les conditions de la
vie matérielle des populations " contre le " problème
de la vie chère ", et réclame que l'on parle " un peu
de la liberté de manger " (Palante, 1919, p.6), le penseur
briochin reste indubitablement un homme de gauche.
Palante et l'anarchisme
En ce qui concerne les rapports de
Georges Palante avec l'anarchisme, la situation n'est guère
plus simple.
Une chose est sûre,
néanmoins. Si Palante a accepté, au moins un temps, de
s'attribuer l'étiquette de socialiste, il n'a a priori jamais
revendiqué celle d'anarchiste. Il l'écrit très
clairement, en 1912 à son collègue et ami Camille
Pitollet : " Surtout, je ne suis pas anarchiste. L'anarchisme
implique un affinisme social qui est bien loin de ma pensée.
Je suis individualiste, c'est-à-dire : pessimiste social ;
révolté, partisan du maximum d'isolement (moral) de
l'individu ; ami passionné d'une attitude de défiance
et de mépris à l'endroit de tout ce qui est social -
institutions, mœurs, idées, etc… C'est-à-dire que je
n'admets aucuns credos collectifs tels que l'anarchisme… (6) "
Ce que Palante supporte le moins dans
l'anarchisme, du moins dans la représentation qu'il s'en fait,
c'est son optimisme et son idéalisme, c'est cette croyance
rousseauiste que l'homme naturel est fondamentalement bon et qu'il
suffira de le débarrasser des entraves étatiques pour
que tout aille pour le mieux. "Quoi qu'il en soit, l'optimisme de la
philosophie anarchiste n'est pas douteux. Cet optimisme
s'étale, souvent simpliste et naïf, dans ces volumes
à couverture rouge-sang de bœuf qui forment la lecture
familière des propagandistes par le fait ! L'ombre de
l'optimiste Rousseau plane sur toute cette littérature.
L'optimisme anarchiste consiste à croire que les
désharmonies sociales, que les antinomies que l'état de
choses actuel présente entre l'individu et la
société ne sont pas essentielles, mais accidentelles et
provisoires, qu'elles se résoudront un jour et feront place
à une ère d'harmonie " (Palante, 1907).
Palante toutefois n'exclut pas la
possibilité d'un lien entre le point de vue anarchiste et son
optique individualiste. Il n'y a pas fracture entre les deux
approches, mais possible continuité. Selon lui, l'optique
anarchiste s'apparente au premier temps de l'individualisme,
c'est-à-dire le temps de l'optimisme, le temps de la foi dans
une résolution positive possible de l'antinomie entre
l'individu et la société. "Sans doute, en un sens,
l'anarchisme procède de l'individualisme. Il est en effet la
révolte antisociale d'une minorité qui se sent
opprimée ou désavantagée par l'ordre de choses
actuel. Mais l'anarchisme ne représente que le premier moment
de l'individualisme : le moment de la foi et de l'espérance,
de l'action courageuse et confiante dans le succès.
L'individualisme à son second moment se convertit, comme nous
l'avons vu, en pessimisme social " (Palante, 1907).
Au fond, pour Palante, la pensée
anarchiste souffre des mêmes défauts que toutes les
pensées collectives : quelle que soit la bonne volonté
affichée, à l'arrivée l'individu reste toujours
à l'arrière plan et c'est l'intérêt du
groupe qui devient l'intérêt dominant. "L'anarchisme,
quelle qu'en soit la formule particulière, est essentiellement
un système social, une doctrine économique, politique
et sociale, qui cherche à faire passer dans les faits un
certain idéal. Même l'amorphisme de Bakounine, qui se
définit par l'absence de toute forme sociale définie,
est encore, après tout, un certain système social. -
Par contre, l'individualisme nous semble être un état
d'âme, une sensation de vie, une certaine attitude
intellectuelle et sentimentale de l'individu devant la
société " (Palante, 1907).
Malgré cela, et même s'il
" n'en aime pas toute la mystique fraternitaire " (7), Palante
reconnaît à la pensée anarchiste un certain
nombre de qualités. Il la rejoint même à de
multiples niveaux, au point même que l'on est tenter de dire
que, si Palante n'est pas anarchiste, ses idées le sont
souvent. Nombreux d'ailleurs sont ceux pour qui la parenté
entre la philosophie palantienne et la pensée anarchiste est
évidente. Michel Onfray rappelle par exemple, dans son Essai
qu'au sein même du Lycée de Saint-Brieuc ou Palante
enseignait la philosophie, ce dernier était assez facilement
qualifié d'anarchiste (8).
Même constat en 1912 pour
Léon Lozach, qui a été répétiteur
au Lycée de Saint-Brieuc en 1903 et qui le décrit comme
étant " un penseur anarchiste des plus audacieux " (Lozach,
1912).
Comme Palante s'est
intéressé de très près à des
thématiques familières aux anarchistes, c'est
finalement assez naturellement que ces derniers, de leur
côté, se sont senti concernés par ses livres et
par ses écrits.
Curieusement presque tous les
biographes de Palante ont préféré ne pas
s'étendre sur ce point. Partant du principe que Palante avait
clairement dit qu'il n'était pas anarchiste, l'évidence
s'est imposée pour eux que la lecture de ses œuvres par les
anarchistes ne pouvait relever que du " mésusage " (Onfray,
1990, p.71) ou du " malentendu " (Hurel, 1991, p.40). Cette
thèse, Louis Guilloux la défendait déjà
quelques années plus tôt lorsqu'il expliquait : " on l'a
traduit en Italie. Mais là, je crois, c'est un léger
malentendu. C'était surtout les anarchistes militants qui
s'intéressaient à lui " (9).
Nous avons personnellement du mal
à accepter cette idée que les anarchistes italiens
auraient, en quelque sorte, traduit Palante par erreur. Passe encore
pour un article ou deux, voire pour un livre. Mais il ne faut pas
oublier que ce sont quasiment tous les ouvrages de Palante qui, entre
1921 et 1923, ont été traduits en italien. On peut
penser que les traducteurs comme le éditeurs italiens savaient
ce qu'ils faisaient et avaient parfaitement conscience que Palante
n'était pas, à proprement parler, un penseur
anarchiste.
D'ailleurs, contrairement à ce
qu'écrit Guilloux, la Casa Editrice Sociale, maison
d'édition dirigées par Giuseppe Monanni et Leda
Rafanelli (et qui s'appela un temps Società Editrice Milanese,
puis Libreria Editrice Sociale), n'éditait pas que des "
anarchistes militants ". On trouve dans son catalogue les noms
d'auteurs qu'appréciait Palante : Friedrich Nietzsche, Max
Stirner, Han Ryner, mais aussi ceux d'Octave Mirbeau, du romancier
socialiste américain Upton Sinclair ou de Giuseppe Rensi,
philosophe pessimisme influencé par Leopardi et Schopenhauer.
Autant d'individus qui, mêmes s'ils se rejoignent parfois dans
une certaine logique contestataire, ne peuvent pas, stricto sensu
(à part Ryner) être qualifiés d'anarchistes
(10).
Non, ce n'es pas en raison d'un
quelconque " malentendu " ou " mésusage " que Palante a
été traduit en italien mais bien parce que " l'audace
effrénée de sa critique de démolisseur social ""
(Pitollet, 1931) touche droit au coeur de tous ceux qui ne se
satisfont pas de la réalité sociale telle qu'elle
est.
C'est pour cette même raison que
Palante - fait qu'apparemment tous ses biographes ont ignoré -
a aussi été traduit dans plusieurs autres pays. Au
Japon par exemple où quasiment tous ses livres ont
été traduits (11), mais aussi au Portugal, au
Brésil et dans plusieurs pays de l'Europe de l'Est tels que
l'ex-Yougoslavie, la Roumanie, Russie, l'ex-Tchécoslovaquie ou
la Hongrie.
A moins de poser comme postulat que les
anarchistes, dans leur grande majorité, ne comprennent pas ce
qu'ils lisent, expliquer leur engouement pour les thèses de
Palante par un simple quiproquo n'a, de toute évidence, pas
beaucoup de sens. Cela en a encore moins lorsqu'on sait que, entre
1925 et 1987, année de la redécouverte de Palante par
Yannick Pelletier, les seuls - si on exclut les anciens amis du
philosophe breton - à lui avoir encore accordé une
petite importance sont justement les anarchistes (12).
De la même manière
aujourd'hui encore, sur Internet, force est de constater que la
grande majorité des sites qui font référence
à Palante sont des sites anarchistes.
N'oublions pas non plus que, même
de son vivant, Palante a entretenu des relations positives avec un
certain nombre d'anarchistes et collaboré ou communiqué
avec plusieurs revues anarchistes. Et pas seulement, comme
l'hypothèse de Patrick Hurel le laisse supposer, au
commencement de son cheminement intellectuel et politique. Certes,
c'est dans La Plume, journal, sinon anarchiste, du moins fortement
anarchisant, qu'il publie quelques-uns de ses premiers articles,
entre 1900 et 1903 (13). Mais, ce n'est pas dans une revue de gauche
ou une revue libérale que Palante publie, en 1921, un article
intitulé Des application politiques de l'Individualisme (14),
mais dans un numéro de L'Ordre Naturel, revue anarchiste et
individualiste dirigée par Marcel Sauvage. C'est
également une revue anarchiste, Les Humbles, qui devait
publier le dernier article de Palante : Une affaire d'Honneur,
article retraçant les rebondissements de ses
démêlés avec Jules de Gaultier. Pour une raison
que nous ne connaissons pas, cette publication ne s'est pas faite,
mais l'intention était là.
Enfin, suite au suicide de Georges
Palante, du mois d'août au mois de novembre 1925, L'En Dehors -
autre support célèbre de l'anarchisme individualiste -
propose à ses lecteurs de réagir à la question
de savoir si un individualiste a le droit de se suicider. Le
responsable de cette enquête se nomme Gérard de
Lacaze-Duthiers. Ce dernier, sans prétendre avoir
été un intime de Palante (" Il m'avait envoyé
ses ouvrages, dont j'ai parlé dans plusieurs revues, et
écrit quelques lettres " Lacaze-Duthiers, 1925) exprime
clairement, dans son article introductif à l'enquête,
l'attachement et l'admiration qu'il éprouvait pour lui. Les
réponses des lecteurs du journal (auquel Palante
lui-même était abonné) démontrent bien
qu'ils savent que Palante n'était pas à proprement
parler un anarchiste, mais la lucidité de ses propos et
l'intégrité de sa démarche individualiste font
qu'ils le considèrent comme un compagnon de route parfaitement
respectable (15).
Au terme de ce long inventaire des
différents points sur lesquels Palante s'éloigne ou se
rapproche de l'anarchisme, une chose apparaît incontestable. Il
est absolument impossible de distinguer, dans la vie de Palante, une
période ou la pensée anarchiste aurait occupé
une place plus importante qu'à une autre. Rien ne permet non
plus de confirmer la thèse de Patrick Hurel, thèse
laissant sous-entendre que Palante aurait été un jeune
libertaire avant de devenir un vieux libéral.
Palante et le
libéralisme
Alors, Palante : socialiste ? Pas si
simple. Anarchiste ? Pas si clair… Libéral, peut-être ?
Là encore pourtant, les amateurs de faits avérés
et de vérités tranchées risquent de rester sur
leur faim.
Pour beaucoup, en ce début de
21e siècle, le terme de libéralisme renvoie à
des images qui n'ont rien de positif : exploitation
outrancière des hommes et des matières
premières, délocalisations, spéculations
boursières, accroissement des inégalités
sociales etc. Alain Laurent constate ainsi que : "Dans une vaste
partie de l'opinion publique dépassant les frontières
de la gauche pour atteindre les nationalistes de droite et
d'extrême droite, le simple terme " libéral " se trouve
désormais lui-même imprégné d'une
signification péjorative sinon répulsive " (Laurent,
2002, p.19). "Nouvelle figure du Grand Satan, il renvoie à une
sorte d'être mythique et maléfique auquel est
imputée la responsabilité de tous les maux,
méfaits et dégâts qui accablent le monde. Bref,
une nouvelle insulte est née : libéral ! " (Laurent,
2002, p.20).
Sans vouloir nier tout ce qu'il peut y
avoir de sauvage dans le libéralisme, il nous semble important
de rappeler ici que la pensée libérale est beaucoup
plus complexe que cela.
Quand Patrick Hurel oppose la jeunesse
(supposée) libertaire de Palante à sa maturité
(supposée) libérale, il tend à nous laisser
entendre qu'avec le temps Palante a perdu de vue les valeurs qui
étaient les siennes au début de sa vie : espoir dans
l'avenir, souci des plus faibles, volonté de s'opposer aux
puissants, amour de la liberté pour se retourner vers des
valeurs considérée comme plus libérales : souci
de son intérêt propre, soumission à la loi du
plus fort, primauté de l'économique sur l'humain
etc.
En réalité, les choses ne
se découpent pas aussi aisément.
Il convient tout d'abord de se rappeler
que la question libérale et la question individualiste sont
intimement liées l'une à l'autre. Relisons sur ce point
ce qu'écrivait Théobald Ziegler (théoricien du
socialisme) dans La question sociale est une question morale, ouvrage
traduit en français par Palante en 1893 : "Le
libéralisme, à ses origines, se confond avec
l'individualisme. […] Ce fut précisément parce que le
libéralisme trouva, dans tous les domaines de la vie,
l'individu opprimé et odieusement écrasé, que la
lutte qu'il engagea fut décisive pour l'affranchissement de la
personne humaine. Il triompha pour la première fois dans le
grand mouvement de la Renaissance, celle révolution
esthétique de l'humanité européenne où,
au sein d'un retour à l'antiquité, furent
revendiqués les droits de la libre personnalité dans
toutes les applications de son activité naturelle. […] Il
triompha encore dans la Réforme qui affranchit la conscience
et la foi du chrétien de la juridiction de l'Église et
qui découvrit dans le sujet et le moi, avec tous les devoirs
et tous les droits du chrétien, la source de toute
autorité religieuse et morale. Il triomphe enfin dans la
philosophie moderne qui, dès l'origine, place dans le moi le
principe et la fin de tout et qui finit par lui conférer une
souveraineté et une valeur véritablement universelles "
(Ziegler, 1893).
Les principes mêmes de notre
Révolution Française, (et toutes les valeurs qui lui
sont associées : importance des idées de
liberté, de Droits de l'Homme, de contrat, de justice
sociale…) sont issus en grande partie des cogitations des
pères fondateurs du libéralisme, Alexis de Tocqueville
en tête : " Le libéralisme a exercé
également son influence sur les rapports de l'individu et de
l'État. L'idée jamais réalisée il est
vrai, mais fermement et obstinément poursuivie d'une monarchie
européenne fait place au régime des nationalités
indépendantes. Au sein de ces dernières triomphe
d'abord le despotisme individuel avec sa formule : " l'État,
c'est moi. " Puis la formule est renversée ; elle devient
celle-ci : " Les moi sont l'État. " La conception atomistique
des " individus souverains " soutenue dans la théorie du
contrat social de Jean-Jacques se réalise dans la
Révolution française " (Ziegler, 1893).
On peut bien sûr poser comme
postulat que la pensée libérale a eu deux temps : un
premier temps positif, où a primé le souci de
libérer tous les individus des contraintes étatiques,
monarchiques, des souffrances liées à la misère
et à la faim ; un second temps, que certains appellent
néo-libéralisme, qui a vu les idées
libérales originelles détournées de leur sens
profond au profit d'intérêts économiques qui
n'avaient plus rien d'humanistes.
Nous ne nous risquerons pas, ici,
à discuter de la validité de cette hypothèse.
Nous nous contenterons d'en tirer deux enseignements. Tout d'abord
l'idée que, si nous voulons comprendre en quoi Palante a pu -
ou non - être libéral, il faut se méfier des
anachronismes qui nous feraient juger de son libéralisme au
regard du néo-libéralisme actuel. Ensuite, la
conviction qu'il convient de distinguer, dans le libéralisme,
ce qui relève du champs philosophique (voire de la philosophie
politique) et ce qui relève du domaine de
l'économique.
Cette distinction, Palante
lui-même la fait très clairement, du moins dans le
domaine de l'individualisme : " L'individualisme est une doctrine
qui, au lieu de subordonner l'individu à la
collectivité, pose en principe que l'individu a sa fin en
lui-même ; qu'en fait et en droit il possède une valeur
propre et une existence autonome, et que l'idéal social est le
plus complet affranchissement de l'individu. […] Dans un sens plus
étroit, on entend par individualisme la théorie
économique du laisser-faire (École de Manchester)
".
A notre connaissance, Palante n'a pas
revendiqué l'étiquette de penseur libéral. Le
terme même de libéral n'est pas un de ceux qui
reviennent le plus souvent sous sa plume. Cela ne l'empêche pas
de trouver régulièrement des terrains d'accord avec
certains principes fondamentaux du libéralisme.
Ainsi, la manière dont Palante
définit l'individu a toujours eu, et ceci dès ses
premiers écrits, une résonance très
libérale : " L'individu est une monade harmonieuse et vivante
dont la loi vitale et harmonique est de se maintenir en état
d'équilibre au milieu du système des forces sociales
interférentes. C'est dans ce libre et progressif
épanouissement de l'individualité que réside le
véritable idéal moral. Il n'y en a pas d'autres "
(Palante, 1899, b).
On ne trouve rien, dans sa
définition de l'individu, qui vienne fondamentalement
contredire celle proposée par exemple par Raymond Boudon : "
[Le] Libéralisme philosophique […] postule que l'individu a le
souci de disposer d'une autonomie aussi large que possible et veut
être respecté dans sa dignité dès lors
qu'il accorde le même respect à autrui "
(Boudon,2004,p.23).
De la même façon, Palante
porte assez souvent un regard favorable sur la pensée
libérale quand elle vient critiquer les abus de pouvoir de
l'État : " L'idéal social est un minimum de
gouvernement ; encore ce minimum doit-il rester autant que possible
sous le contrôle conscient de l'individu. A cet égard,
les projets et tentatives de référendum méritent
d'être pris en sympathique considération " (Palante,
1901).
Par contre, Palante a très
tôt exprimé son désaccord avec un penseur comme
Spencer qui, comme c'est généralement le cas des
libéraux, prétend que l'État est le principal
ennemi de l'individu. Suivant Palante, l'État n'est qu'un des
ennemis de l'individu, et pas forcement le plus dangereux. Les
véritables ennemis de l'individu ce sont les corporations, les
groupes humains liés par un esprit de ligue, un esprit de
caste, un esprit de corps, un esprit de chapelle, un esprit de
coterie… " Herbert Spencer a écrit son admirable livre,
L'Individu contre l'État, pour opposer au citoyen, être
domestiqué, l'individu, homme tout court. Les servitudes
étatistes ne sont qu'une faible partie des chaînes qui
pèsent sur l'individu. L'État n'est qu'un aspect de la
société " (Palante, 1904).
Le problème, pour Palante, ne
réside donc pas tant dans les institutions (l'État,
l'Église, la fonction publique, la famille…) que dans les
individus qui les constituent et qui, en leur sein, laissant libre
court à leurs plus vils instincts, cherchent les alliances qui
leur permettront de tirer le maximum de profits aux dépens
d'autrui.
De ce point de vue, Palante
s'éloigne nettement de la pensée libérale. Le
libéralisme, comme nous le rappelle Raymond Boudon ne nie pas
tout ce qu'il peut y avoir de passionnel et de pulsionnel dans
l'individu : " Le libéralisme conçoit l'homme […] comme
soumis à des passions et à des intérêts,
et comme cherchant à satisfaire ses passions et ses
intérêts en utilisant les moyens qui lui semblent les
meilleurs ; plus généralement, comme ayant des raisons
de faire ce qu'il fait ou de croire ce qu'il croit " (Boudon, 2004,
p.57).
Seulement, pour les libéraux,
cet être passionnel et pulsionnel est aussi et essentiellement
un être " rationnel ". Plus encore, même si la
pensée libérale admet que cet être " rationnel "
peut, à l'occasion, commettre quelques erreurs, ces
dernières viennent de toute manière se fondre dans un
vaste système d'interactions qui débouche
forcément sur un équilibre positif et sur " le meilleur
des mondes possibles ".
Difficile, pour le libéral,
d'admettre la force des déterminismes sociaux (alors que
Palante n'a de cesse de le faire dans tous ses écrits).
Difficile également d'admettre qu'il existe, dans chaque
individu, des parts d'ombres, qui obèrent fortement la
rationalité de ses choix. " [La logique libérale
s'oppose à l'idée] que les comportements et les
croyances des hommes auraient leurs causes dans des forces
échappant au contrôle du sujet et que les raisons que
les hommes se donnent de leurs croyances et de leurs actes ne
sauraient être que des raisons de couverture. Que cela puisse
être parfois le cas, personne n'en doute. Que cela soit la
règle : difficile d'imaginer hypothèse plus douteuse "
(Boudon, 2004, p.62). " L'être humain s'est ainsi trouvé
muni d'une conscience dont il était entendu qu'il fallait la
tenir pour fausse par essence " (Boudon, 2004, p.63).
Pour Palante, l'individu est tout sauf
rationnel. Bien au contraire. Ce n'est pas pour rien qu'il a
fortement adhéré à l'idée de Bovarysme
élaborée par Jules de Gaultier. Dans La Philosophie du
Bovarysme, Palante nous explique très clairement ce qu'il
retient de ce concept : " Le mot bovarysme désigne un fait de
psychologie courante que tout homme a pu observer sur lui-même
et dont Flaubert a montré l'évolution et décrit
les effets dans l'âme de ses principaux personnages. Ce fait
est le pouvoir qu'a l'homme de se concevoir autre qu'il n'est. Ce
fait est très simple et aussi très
général. Nul n'échappe au bovarysme. Tout homme
en subit la loi à des degrés divers et suivant des
modes particuliers. Le bovarysme est le père de l'illusion sur
soi qui précède et accompagne l'illusion sur autrui et
sur le monde. Il est l'évocateur des paysages psychologiques
par lesquels l'homme est induit en tentation pour sa joie ou pour son
malheur " (Palante, 1912).
Les notions de bovarysme,
d'illusionnisme, de mensonge (mensonge vital, mensonge de groupe)
sont très importantes dans la philosophie de Palante. Ce n'est
pas pour rien non plus qu'il a compté parmi les premiers
à s'intéresser aux théories freudiennes et aux
prémisses de la réflexion psychanalytique. Pour
Palante, dans la majorité des cas, l'individu ne se
connaît pas lui-même. Il s'illusionne sur ce qu'il est,
sur ce qu'il fait et sur les raisons qui l'incitent à faire ce
qu'il fait.
Dans le domaine économique, les
parallèles possibles entre la pensée palantienne et le
libéralisme sont également limités.
Palante rejoint les libéraux sur
l'idée qu'il faut, dans les dans les relations
économiques, combattre fortement les entraves qui viennent
porter atteinte à la fluidité et à la
liberté des échanges. Il n'a guère de sympathie
pour le protectionnisme " dont les méfaits ont
été dénoncés maintes fois par les adeptes
de l'École libérale " (Palante, 1919), et ne condamne
pas vraiment les grands principes de base de l'économie
libérale que sont le Laisser-faire et le
Laisser-passer.
Par contre, il n'a jamais
affiché beaucoup de tendresse à l'égard des
patrons et des capitalistes qui recherchent le profit avant tout. A
aucun moment il ne laisse entendre, pas plus dans ses premiers
écrits que dans les derniers, qu'il oublie que le but final de
l'essor de l'économie est de permettre aux plus démunis
de vivre décemment et non pas de permettre aux riches de
s'enrichir encore plus aux dépens des ouvriers. Jusque
à la fin, Palante défend une " politique du ventre " et
prend le parti du peuple contre celui des entrepreneurs, ce qui n'est
pas une posture typiquement libérale : " On reprochera
à [ma] politique d'être matérialiste,
d'être une politique du ventre. J'accepte volontiers ce
reproche " (Palante, 1919).
Certes, dans Du Nouveau en politique,
il plaide pour un accroissement important de la production de biens
de consommation peu onéreux, il appelle de ses vœux une
société de consommation de masse où chacun
pourra disposer de ce qu'il désire, un programme " de
productivité intense et de produits à bon marché
; bref tout un renouveau de vie industrielle, de
prospérité et de bien être " (Palante,
1919).
Mais nous lisons moins, là
dedans, un encouragement libéral à une
accélération du modèle capitaliste qu'une
préfiguration de ce qui se réalisera finalement
à l'époque des Trente Glorieuses.
Au terme de cette réflexion sur
les rapports existants entre la pensée palantienne et le
libéralisme la conclusion qui s'impose est du même ordre
que celles que nous avions déjà formulées pour
le socialisme et pour l'anarchisme. Non seulement nous ne pouvons pas
dire de Palante qu'il soit fondamentalement un libéral, mais
en plus, rien ne nous permet de penser qu'il ait été
plus libéral à la fin de sa vie qu'au
début.
Conclusion
Cet article, nous en sommes conscient,
n'est qu'une introduction à une véritable
réflexion sur la politique palantienne. De nombreux points
restent encore à éclaircir : les rapports de Palante
avec le patriotisme, avec l'antisémitisme par exemple, et bien
d'autres encore. Il faudrait également s'atteler à
démontrer tout ce que le projet politique palantien,
basé sur l'individualisme et le pessimisme social, peut avoir
d'original et d'éclairant pour notre réalité
moderne. Autant de questions auxquelles nous nous attacherons
à trouver des réponses dans des travaux
ultérieurs (16).
Notes
(1) Michel ONFRAY, Georges
Palante, Essai sur un nietzschéen de gauche, Folle Avoine,
1989. Réédité sous le titre Physiologie de
Georges Palante, Grasset, 2002 et Le livre de Poche, 2005.
(2) Pour ceux, qui ne connaissent pas Palante, nous les invitons
à venir visiter le site que nous lui consacrons à
l'adresse suivante : http://www.georgespalante.net
(3) Livre dont il est également le traducteur. Cet ouvrage est
bien paru en 1893 et non en 1903 comme l'indique Michel Onfray dans
son Essai.
(4) Lettre du 28 mars 1922 adressée à Camille Pitollet
et citée par ce dernier dans son article pour le Mercure de
Flandre, Juin - Juillet 1931.
(5) Palante lui-même y fait allusion à la page 31 de Du
nouveau en politique! Des problèmes nouveaux! Des partis
nouveaux! Des hommes nouveaux!, Duperret, 1919.
(6) Lettre du 31 décembre 1912, citée par Camille
Pitollet dans un article pour le Mercure de Flandre (juin juillet
1931).
(7) Georges Palante. Extrait d'un compte rendu de sa chronique
philosophique du Mercure de France du 15 janvier 1923. Palante parle
ici d'Han Ryner et de son individualisme.
(8) Alfred BESNIER, Les anciens du collège de Saint Brieuc
(1604-1848) et du Lycée Anatole Le Braz (1848-1948).
Cité in Michel ONFRAY, Georges Palante, Essai sur un
nietzschéen de gauche, Folle Avoine, 1990
(9) Louis Guilloux, Plein Chant n° 11-12, 1982. Cité par
Onfray, 1990, p.76, note 2.
(10) Nous profitons de l'occasion pour remercier Carlo Romano pour
les informations qu'il a bien voulu nous transmettre sur les
éditions italiennes de Palante.
(11) La dernière traduction japonaise de Palante date de 2005.
Il s'agit d'une traduction des Antinomies entre l'individu et la
société réalisée par Jun-ya Watanabe
(Editions Sankeisha)
(12) Signalons, par exemple, les articles de J.P. Sieurac : " Palante
et Stirner ", L'Unique, 1946 ; Maurice Imbart : " Individualisme et
Responsabilité ", Défense de l'homme, 1957 ; Dr H.
Herscovici : " La conception individualiste de G. Palante ",
Défense de l'Homme, 1960 ; Louis Simon : " L'Individualisme ",
La Rue, 1977.
(13) " L'esprit de petite ville ", 1900 ; " L'Impunité de
groupe ", " L'esprit de classe. L'esprit étatiste. L'esprit de
ligue. L'esprit démocratique et l'esprit grégaire " et
" L'Embourgeoisement du sentiment de l'honneur ", 1902 ; " L'Esprit
mondain en démocratie ", 1903. Ces quatre articles seront
repris, avec onze autres, dans Combat pour l'Individu, Alcan,
1904.
(14) Cet article n'a pour le moment jamais été repris
en volume, ni du vivant de Palante, ni dans le cadre des
rééditions de ses œuvres aux éditions Folle
Avoine ou Coda.
(15) " Sans doute, l'individualisme de Palante s'écarte du
notre ; il ne va pas aussi loin ", Gérard de Lacaze-Duthiers,
n° du 8 août 1925 ; " Les anarchistes qui aiment lire et
étudier connaissent l'œuvre de l'individualiste Palante. […]
L'individualisme de Palante est absolu, il en arrive même
à nier "notre anarchie" la considérant comme un dogme
social, c'est-à-dire comme une chaîne pour l'individu ",
Carlo Molaschi, n° du 8 août ; " J'ai lu les beaux livres
de Palante, je ne suis pas de son " bord ", Aimé Bailly,
n° du 20 septembre.
(16) Nous préparons actuellement un livre sur la question
politique chez Palante. Nous espérons que ce livre pourra voir
le jour en 2006 ou 2007.
Bibliographie
Raymond Boudon, Pourquoi les
intellectuels n'aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, 2004.
Louis Guilloux, Souvenirs sur Georges
Palante, O.L. Aubert, 1931 et
Calligrammes, 1980 et 1999.
Louis Guilloux, Le Sang
Noir, Gallimard, 1935.
Jean Jaurès, " Socialisme et Liberté ", Revue de Paris, 1er
décembre 1898
Patrick Hurel, " Palante et la question politique ", in
La Révolte individuelle, Actes du
colloque Georges Palante, Folle Avoine,
1991.
Alain Laurent, La Philosophie
Libérale, Les Belles Lettres,
2002.
Léon Lozach, " Savants et Philosophes, Georges Palante ",
Revue des Idées, 1912.
Michel Onfray, Georges Palante, Essai
sur un nietzschéen de gauche,
Folle Avoine, 1990. (Réédité sous le titre
Physiologie de Georges
Palante, Grasset, 2002 et Le livre de
Poche, 2005).
Michel Onfray, Politique du
Rebelle, Grasset, 1997.
Georges Palante, Préface de : La
question sociale est une question morale de Th. Ziegler, Alcan 1893.
Georges Palante, " Compte rendu de : La propriété,
origine et évolution, Thèse communiste de Paul Lafargue
", Revue Philosophique de la France et
de l'étranger, 1896
Georges Palante, " Compte rendu de : Les caractères
généraux du socialisme scientifique d'après le
manifeste communiste de C. van Overbergh ", Revue Philosophique de la France et de
l'étranger, 1899.
Georges Palante, " L'esprit administratif ", Revue Socialiste,
1900.
Georges Palante, " L'esprit de Corps ", Revue Philosophique de la France et de
l'étranger, 1899 (b)
Georges Palante, Précis de
Sociologie, Alcan, 1901.
Georges Palante, " L'Esprit de classe. L'esprit étatiste.
L'esprit de ligue. L'esprit démocratique et l'esprit
grégaire ", La
Plume, 1902.
Georges Palante, Combat pour
l'Individu, Alcan, 1904.
Georges Palante, " Anarchisme et Individualisme ", Revue Philosophique de la France et de
l'étranger, 1907.
Georges Palante, La Philosophie du
Bovarysme, Jules de Gaultier, Mercure
de France, 1912.
Georges Palante, Pessimisme et
Individualisme, Alcan, 1914.
Georges Palante, Du nouveau en politique!
Des problèmes nouveaux! Des partis nouveaux! Des hommes
nouveaux!, Duperret, 1919.
Georges Palante, " Des Applications politiques de l'individualisme ",
L'Ordre Naturel, 17 février 1921.
Yannick Pelletier, L'Individu en
détresse, Folle Avoine,
1987.
Camille Pitollet, " Georges Palante ", Revue du Mercure de Flandre, juin juillet 1931.
Théobald Ziegler, La question sociale est
une question morale, Alcan,
1893.