UN PRINCIPE D'ALEA OU DE HASARD EST ANTERIEUR AU DETERMINISME ET RESTE IMMANENT AU DETERMINISME

 

Ici se place une des théories les plus originales de M. J. de Gaultier : celle de l'aléa dans ses rapports avec le déterminisme. Pour expliquer l'existence d'un principe d'aléa à l'origine comme au sein même du déterminisme, M. J. de Gaultier nous propose ad libitum deux hypothèses: l'une, la plus favorable possible à l'affirmation de l'aléa ; c'est l'hypothèse de Hume ; l'autre, moins favorable en apparence à cette conception : c'est l'hypothèse de Kant sur la nature de la causalité.

Dans l'hypothèse de Hume, la causalité est une relation toute empirique et contingente. Le mot déterminisme exprime simplement ce fait que du flottement hasardeux où plutôt absolument quelconque des éléments et des phénomènes, un fait de répétition et de constance relative est sorti et continue à se manifester. C'est la constatation d'un fait et rien de plus. Le déterminisme, ou plutôt les déterminismes que nous connaissons ne sont que des îlots qui émergent ça et là sur un océan d'indétermination. Le déterminisme n'est que du hasard momentanément fixé.

Il semble plus difficile d'expliquer l'aléa dans l'hypothèse kantienne de l'apriorisme de la causalité comme loi nécessaire de la pensée. Pourtant il n'en est rien. Il ne faut pas oublier, en effet, que l'hypothèse kantienne confère à la causalité un caractère absolument indéfini, sans commencement premier ni terme dernier. Il n'existe dans le monde que des séries causales ouvertes a parte post et a parte ante. Dès lors, à l'extrémité du phénomène en mouvement qu'est l'existence, il y aura toujours des séries de faits en voie de formation dont nous ne pourrons établir le déterminisme précis, puisque nous ne possédons pas la totalité de leurs causes antécédentes et qu'elles ne seront pas immobilisées entre leurs antécédents immédiats et le faisceau de leurs conséquences, ces conséquences n'étant pas encore sorties d'elles et étant précisément en voie de se formuler. D'après M. J. de Gaultier, ces séries de faits les plus complexes et logiquement comme chronologiquement les dernières venues dans le mouvement de l'existence sont précisément les phénomènes moraux et sociaux. Ces phénomènes évoluent donc sous nos yeux d'une façon relativement imprévisible et constituent proprement le domaine de l'aléa.